En France, depuis la guerre, les autorités sont confrontées pour la première fois à un incendie aux conséquences si lourdes.
Dans l'obscurité, puis à l'aube, les journalistes découvrent l'ampleur de la catastrophe! Le choc fut très violent.
Le tourniquet tournai dans un seul sens. C'est devenu une panique générale.Un garçon qui avait pu s'enfuir retourna chercher sa soeur, mais buta contre la masse humaine. On les retrouva morts, main dans la main.
D'autres jeunes gens parvinrent à enfoncer une porte. Mais un appel d'air se créa, embrasant d'un seul coup le vaste hangar aménagé en dancing, bar et restaurant.Plus de cent corps furent retrouvés devant les terribles tourniquets qui, conservés en l'état, sont encore exposés "pour montrer comment la cupidité a pu faire tant de victimes"
Deux des trois gérants de la discothèque ont péri sur place avec 140 de leurs clients. Excepté eux, trois adultes, quelques jeunes de 21 à 25 ans, les victimes étaient toutes mineures..Quand les pompiers de Saint-Laurent-du-Pont furent alertés, ils n'eurent pas à combattre un gros sinistre : à leur arrivée, le désastre était pratiquement accompli.
Les rescapés furent peu nombreux. Six étaient blessés, dont quatre si gravement qu'ils succombèrent les jours suivants dans les services des grands brûlés de Lyon.
Il était écrit que d'autres, qui avaient eu de la chance ce jour-là et furent qualifiés de "miraculés du 5-7", périraient de toute façon tragiquement : deux Voironnais, partis l'été suivant faire l'Algérie en stop "pour oublier le drame", ont été écrasés par un camion fou ; un autre s'est tué à moto ; un autre encore en voiture.
Plus anecdotique, un rescapé dort toujours avec une échelle de corde sous son lit, "pour pouvoir s'échapper par la fenêtre en cas d'incendie".
Enfin, et c'est plus gai, deux des rescapés du dancing se sont mariés et vivent toujours à Grenoble.
Devant l'ampleur de la catastrophe, les autorités décidèrent d'attendre le jour pour procéder au dégagement des victimes. Un dégagement méthodique, effectué par les pompiers sous le contrôle de trois officiers de police judiciaire de la Gendarmerie nationale qui seraient chargés d'identifier les corps avec les concours de médecins légistes.
En cette Toussaint 70, un dimanche, le petit jour était blafard. La brume enveloppait la Chartreuse, comme pour mieux cacher ce crime contre la jeunesse perpétré dans la nuit.
Une chapelle ardente fut dressée... dans la salle des fêtes de Saint-Laurent-du-Pont. Des cercueils furent réquisitionnés dans toute la France. Le pays était sous le choc. Les membres du gouvernement se précipitèrent à Saint-Laurent-du-Pont, dont le nom devenait tout d'un coup synonyme de malheur. Dans l'église de la commune eut lieu une cérémonie multiconfessionnelle avec des prêtres, des rabbins, des imams.
Les quelques victimes de la commune furent inhumées dans le cimetière voisin, où plusieurs corps non identifiables furent ensevelis ensemble. Les autres dépouilles furent remises à leurs familles et conduites dans les différents cimetières de la région.
Depuis, chaque année, l'Association des parents des victimes fait dire des messes à Chambéry et à Grenoble et dépose des gerbes, le jour de Toussaint, au cimetière de Saint-Laurent-du-Pont (aujourd'hui à 11 heures) ainsi que sur les lieux du drame (à 15 heures) où un mémorial a été construit.
Avec le temps, ceux qui se rassemblent en cette veille du jour des morts sont de moins en moins nombreux. Les deux premiers présidents de l'Association ont connu des déboires et ont disparu. Nombre de parents des victimes n'ont plus donné signe de vie après les procès.
L'actuel président, Georges Brus, de Grenoble, aujourd'hui âgé de 75 ans, ne s'est jamais remis de la mort de sa fille Christiane, 23 ans. Pour qu'un Mémorial puisse être érigé (en 1976), il s'est battu contre les propriétaires du terrain, contre les autorités, et, surtout, contre le fisc, qui voulait prélever son butin sur la construction de l'ouvrage ! Grâce aux interventions d'Aimé Paquet, alors Médiateur de la République, et de Raymond Barre, Premier ministre, ce forfait n'a heureusement pas eu lieu... Tant que Georges Brus sera là, le monument sera entretenu toute l'année, ("Remerciez la subdivision de l'Equipement de Saint-Laurent-du-Pont"), et abondamment fleuri pour la Toussaint.
Encore que les fleurs ne restent jamais longtemps. Car, chaque 1er novembre dans la nuit - comble de l'ignominie - on vient voler gerbes et bouquets (pas pour fleurir une tombe, espérons-le, car quel mort accepterait ça ?).
Comme si le diable était condamné à rôder indéfiniment, cette nuit-là, dans ces tragiques parages.